Y-a-t-il une identité Auvergnate ?

A l’origine de ce débat, la réaction très intéressante de Garric au sujet sur la lentille verte du Puy sur la carte d’un restaurant monégasque :

Coup sur coup vous nous dites que les gens de Moulins (leur maire …) et du Puy (la lentille …) sont auvergnats. Ca ne va pas faire plaisir aux gens de ces villes ! Ils se sentent Bourbonnais et Vellaves, mais Auvergnats sûrement pas.

En utilisant le terme d‘Auvergnat, j’ai en effet considéré l’appartenance administrative des deux villes à la région Auvergne. Mais effectivement, une telle appartenance ne signifie un sentiment d’appartenance à l’Auvergne. D’où la question : Y-a-t-il une identité Auvergnate ? Pourquoi vous sentez vous, ou ne vous sentez vous pas, auvergnat ? Par delà les pays, territoires, villes… quelles sont les valeurs communes que partagent les auvergnats… Le débat est lancé.

  1. Ben’s avatar

    Ah voici en effet une bonne question !
    Je vais prendre l’exemple de la Haute-Loire, assez réprésentatif du problème de l’identité auvergnate.

    Ce département se découpe historiquement en deux parties: les terres auvergnates (globalement de Brioude à Saint Paulien en passant par Langeac) et les terres languedociennes correspondant au Velay (Bassin du Puy), au Vivarais et à la Margeride.

    La réalité est plus complexe et les rattachements administratifs à la suite de la Révolution ont voulu que l’on créait un territoire et un département commun devenant plus tard la Haute-Loire rattaché à la région Auvergne.

    En effet, la Région Auvergne devait être composé de trois départements : l’Allier, le Cantal, et le Puy de Dôme. Trop peu pour une région, la Haute-Loire a donc été rattaché, une partie de son territoire étant véritablement auvergnate au sens historique du terme.

    Pour l’Allier, l’exemple est similaire avec le Bourbonnais.

    Je vais donc répondre maintenant à la question.
    Né au Puy,habitant l’est du département, l’influence économique de la région Rhone-Alpes est incontestable.
    Pour ce qui est de l’identité, difficile à trancher.

    Je me sens auvergnat mais surement moins qu’un habitant du Puy de Dôme ou du Cantal.
    La réalité géographique fait que naturellement nous tendons vers un territoire de proximité.

    Je me considère auvergnat mais revendique complètement l’influence du Languedoc dans la mentalité vellave et vivaraise et l’influence économqiue rhône-alpine.

    Mais je suis complètement cette idée d’une Auvergne unie, forte avec son particularisme local.

    ps: Voici un article de Best Of Haute-Loire où je parlais de cette identité:
    http://www.bestofhauteloire.com/...

  2. Mü’s avatar

    Je pense que c’est valable pour beaucoup de régions d’ailleurs. Pour exemple, les marseillais (13) et les toulonais (83) sont des provençaux, certes mais ils se sentent (et sont) tellement différents !

    Ce post me fait penser à un ami avec qui je suis partie en vacances qui n’a pas arrêté avec ses "Nous, dans le boubonnais…"

    Quant au Cantal, que je connais bien.. Oui l’esprit Cantalou est bel et bel puissant, mais différent dans le Nord et dans le Sud.

    Pour conclure, j’ai l’impression qu’à l’heure de la construction européenne, nous nous attachons de plus en plus aux origines, appartenances et communautés locales…

  3. Point2Vue’s avatar

    Identité auvergnate… Hummm. Cantalou d’adoption, mais auvergnat de naissance ? Peut-être.
    1) Habitant le Cantal, je me sens effectivement auvergnat et ce n’est pas rare qu’à l’extérieur, je me présente en tant qu’auvergnat que cantalou…
    2) Je pense quand même qu’en dehors des marges évoquées plus haut, l’identité auvergnate (même si ça n’est pas la Corse, le Pays Basque ou la Bretagne) est une réalité.
    3)Contre exemple : la Lozère. Rattachée à la Région Languedoc-Roussillon (fô dire Septimanie paraît-il !). Alors que, hormis les Cévennes, ce département est bien plus naturellement tourné vers l’Auvergne. Et s’il faisait parti de la région, les lozériens se sentiraient, j’en suis certain, auvergnats.

  4. Ben’s avatar

    J”ai un gros doute quand même quant à l’identité auvergnate des lozériens …Tout au moins en partie.
    Je suis d’accord sur le "pays" de la Margeride (à savoir Marjevols and co) qui est plus auvergnate tant par l’histoire que par la géographie.

    Quant au reste de la Lozère, son influence est clairement méridionale (y a qu’à écouter un lozérien et son accent chantant). Sa culture donc aussi.

    Après il est vrai que certains jeunes de Langogne font leurs études supérieures à Clermont mais je ne pense pas que ce soit représentatif du département.

    Et la Septimanie correspond à une vraie identité territoriale et culturelle dont la Lozère fait partie ;)

    Faut que je fasse gaffe moi je vais passer pour un régionaliste pur et dur !

  5. Garric’s avatar

    Pas d’accord avec Point2Vue ! Les promoteurs de la Grande Auvergne ne se rendent pas compte du niveau de rejet qu’inspire leur projet. Rejet qui s’exprime par une contestation désormais forte du centralisme clermontois en Bourbonnais et Velay, et par le refus assumé de s’y reconnaître comme Auvergnats. Idem en Lozère et Aveyron où personne ne se dit plus Auvergnat, ces départements étants d’ailleurs tournés vers Toulouse et Montpellier. Et souvenons-nous de la réaction très vive des Limousins au projet d’annexion pure et simple du Limousin par l’Auvergne proposé par M. Giscard d’Estaing en son temps.

    L’avenir n’est plus à la Grande Auvergne, mais au Massif-Central !!

    En tant qu’Auvergnat, et donc Occitan, je défend avec force l’identité auvergnate, dans l’ouverture et dans l’échange, dans sa dimension universelle. Mais cette identité ne peut s’affirmer qu’en Auvergne proprement dite, c’est à dire dans les départements de Puy de Dôme, du Cantal et dans l’arrondissement de Brioude. Au delà, ce sont d’autres identités que nous nous devons de respecter pour mieux nous unir à elles. Notre destin d’Auvergnats est désormais de former avec les Limousins une grande région Massif-Central. Cela ne pourra se faire que dans le respect mutuel et la reconnaissance de la diversité des pays qui composeront cette région.

  6. Point2Vue’s avatar

    Désolé pour cette levée de boucliers…
    S’il a 20 ans, les jeunes lozériens faisaient en très grande majorité leurs études à Montpellier, ce n’est plus le cas aujourd’hui. La majorité va peut-être (chiffres à vérifier) sur Clermont, mais aussi Toulouse et + loin…
    Malgré l’accent chantant des lozériens, croyez vous que les gens de l’Aubrac, la Margeride, du Mont-Lozère, … aient des préoccupations proches des auvergnats (montagnards) ou des "septimaniens", gens du littoral ?

  7. Ben’s avatar

    Pas de levée, juste des points de vue pas si différents que ça ;) (désolé pour le jeu de mot, trop tentant!)

    Pourquoi réduire le Languedoc-Roussillon à son littoral !
    On ne mesure pas une région uniquement à son attractivité économique (bon ok en partie). Sinon on retombe dans le centralisme régional comme le comprenne mal par exemple les habitants de la Haute-Loire face à Clermont …
    Idem pour la Lozère face à Montpellier.

    Si en effet les gens de l’Aubrac ou de la Margeride sont proches de l’Auvergne et ont des affinités (sorte de cousins!) (ce que j’affirmais plus haut) effectivement par le caractère montagnard, ils appartiennent à des "pays" différents, des terroirs différents.

    Le problème actuel est justement qu’on a tendance à confondre territoires d’attractions et réalité géographique et historique.
    C’est en tout cas mon avis.

    ex: Giscard veut (voulait pardon) créer une région Auvergne/Limousin. On lui a rit au nez face au manque de poids de cette "région" par exemple à Rhône Alpes.

    Quid du développement de la région ?

    Tourner le dos à ses proches limousins pour le Cantal et le Puy de Dôme pour tendre uniquement vers Rhône Alpes et intégrer réellement la Haute-Loire ?

    Se tourner vers Paris avec un pôle fort constitué du Puy de Dôme et de l’Allier

    Globaliser sur Clermont ?

    Beaucoup de questions pas évidentes à trancher …