C’était une des info de RTL ce matin : Les méduses reviennent à la mode. Surnommée aussi “nouille”, “squelette” en Vendée, “fïfi” dans le nord ou “mica” pour les Antilles, la méduse en plastique jugée ringarde il n’y a pas si longtemps est même devenue branchouille. Il faut dire qu’elle a pris de nouvelles couleurs et formes, des talons et même un parfum qui remplace l’odeur de plastique. Ce que peu de gens savent, c’est qu’à l’origine les méduses sont nées en Auvergne.
Si parfois on en donne la paternité à un ancien salarié de Michelin, sûrement la confusion plastique-caoutchouc, c’est un coutelier qui en est à l’origine. Jean Dauphant imagina en 1946 de fabriquer des manches de couteau en plastique plutôt qu’en corne, en bois ou en écaille. C’est sûrement la nécessité économique, puisqu’à la fin de la guerre on manque de tout et donc de cuir, qui lui donne l’idée de fabriquer aussi des chaussures en plastique.
Au début, Dauphant et ses fils remplacent seulement la semelle, puis finalement imaginent une chaussure entièrement en cette matière avec des lanières fixées sur une semelle en plastique dur et transparent. La société Plastic Auvergne installée aux Sarraix près de Thiers vient d’inventer une légende qui va durer près de 60 ans. Elle devient vite la sandale des congés payés mais aussi de l’Afrique occidentale française. La société y réalise 80% de chiffre d’affaires et permet le développement de l’entreprise.
Avec la décolonisation, la croissance s’arrête brutalement et l’entreprise se relance à la conquête du marché français en vantant la sécurité et l’hygiène de ses méduses mais en lançant aussi des bottes, des sabots de jardins ou des chaussures de sécurité en plastique pour ne pas dépendre uniquement du marché estival.
A la fin des années 70 le brevet de la méduse tombe dans le domaine public et les copies à prix réduits abondent en provenance de l’Italie et du Sud-Est asiatique. Plastic Auvergne reste leader du marché européen et lance des produits plus jeunes et plus “mode” : petites fleurs au milieu du pied, bottines vernies, écossaises ou imitation léopard qui font plaisent beaucoup au Japon. L’entreprise toujours familiale emploie alors jusqu’à 300 personnes et s’est toujours faite une obligation de conserver l’intégralité de ses opérations dans son hameau, malgré le coût de la main-d’oeuvre. En 1998, elle doit toutefois se résoudre pour la première fois, à confier quelques opérations de matelassage de bottes en Europe de l’Est.
Malheureusement la belle histoire à une fin. En 2002 la société emploie 200 salariés et a produit 3,4 millions de paires de chaussures mais n’a plus que quelques mois à vivre. D’abord placée en redressement judiciaire, la société est finalement liquidée par le Tribunal de Commerce de Thiers le 2 juin 2003. C’est la fin de la méduse auvergnate et d’une belle histoire industrielle et familiale mais la Méduse restera mythique.
La méduse brésilienne
La méduse à aussi inspiré les propriétaires brésiliens d’une usine de bouchons de bouteilles en plastique, le groupe Grendene. En 1979, ils viennent à Marseille d’où ils emportent l’idée de la méduse. Là-bas, l’aranha devient vite un best-seller, et la marque Melissa entre, dès lors, dans le coeur des Brésiliens, avec 50 millions de paires vendues en vingt-cinq ans.
Avec ses chaussures à base de PVC recyclé qui sentent le bonbon, entre banane et fraise Tagada, Melissa a multiplié les modèles pour l’été comme pour l’hiver et fait designer des modèles par des créateurs de renom. Cette année la créatrice britannique Vivienne Westwood qui a créé deux modèles dont l’un vendu tout de même 139 euros. Mais la méduse figure aussi au catalogue (36 euros). Les Melissa sont conçues selon des procédés d’éco-conception pour limiter les déchets lors de la fabrication et pour faciliter le recyclage. Ainsi les vieilles paires usées rapportées à l’usine sont aussitôt refondues…
Si on reparle de la Méduse, c’est justement à cause de Melissa qui a ses fans partout dans le monde et dans les boutiques branchées mais aussi à cause de la collection Ipanema du top brésilien Gisele Bündchen. Ne vous y trompez pas c’est toujours Grendene qui fabrique mais dire que vous avez les chaussures de Gisele ça fait tout de suite la méduse plus fashion.
